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2 février 2021, 12:30:34

TEMOIGNAGE CHRETIEN | 3 NOVEMBRE 1990 | Par GUY LABERTIT

LES ÉLECTIONS EN CÔTE-D'IVOIRE ; ENTRETENIR L'ARBITRAIRE 1

Le « Vieux » a gagné mais les problèmes demeurent.

LES ÉLECTIONS EN CÔTE-D'IVOIRE ; ENTRETENIR L'ARBITRAIRE 1

En Côte-d'Ivoire, la fraude mas-sive et grossière qui a marqué cette première élection présidentielle à deux candidats du 28 octobre rend les résuJtats officiels plutôt dérisoi-res : Félix Houphouët-Boigny 81 %, Laurent Gbagbo 19 %, avec un taux d'abstention proche de 40 %. Bourrage d'urnes. bureaux de vote dans des cours privées, bureaux fantômes, poursuite des inscriptions sur les listes électorales jusqu'à 19 heures le jour du scrutin, votes après minuit tandis qu'étaient officiellement proclamés les premiers résultats. Autant d'irrégularités -le mot est aimable -qui ont provoqué des affrontements sèrieux et la colère des partisans d'une opposition écartée de la préparation du scrutin et de sa gestion réelle. Un exemple parmi d'autres : une urne ouverte avant le début du vote à Abobo, quartier populaire d'Abidjan, contenait 1 464 bulletins pour Félix Houphouët-Boigny et 7 pour Laurent Gbagbo). 


      « Nous ne reconnaissons pas ces ré-sultats », nous déclarait mardi Simone Gbagbo, une des principales responsa-bles du Front populaire ivoirien (FPI), mais elle semblait surtout inquiète de « la menace de complot » brandie par les autorités ivoiriennes. Le vieux prési-dent a usé, depuis 1959, de cette tech-nique pour maintenir un pouvoir sans partage. Ministre de la Sécurité inté-rieure, chef d'état-major et commandant en chef de la gendarmerie ont reçu des dirigeants du FPI convoqués dès le lundi 29 au ministère de la Sécurité tandis qu'une trentaine de militants abidjanais de cette organisation, arrêtés et regroupés au camp militaire Galliéni étaient malmenés en vue d'obtenir des «aveux». 


       Bien que dénonçant cette « mascarade électorale », Laurent Gbagbo est bien décidé à poursuivre la démonstra-tion que la Côte-d'Ivoire aspire au changement démocratique : le FPI sera partout présent aux élections législatives du 25 novembre. La grande frustration née du trucage de la présidentielle crée un climat pesant et incertain. Si pareilles pratiques se répétaient lors des pro-chains scrutins, les risques d'aventure se renforceraient.Pourtant, les satrapes locaux de l'ex-parti unique PDCJ ne sont pas prêts d'admettre de voir leurs privilèges et positions politiques contes-tés par une opposition qui, après sa reconnaissance légale, a dû batailler ferme pour imposer son droit de parole dans les villages, sous-préfectures et, préfectures ces derniers mois. 


      Liée à l'enjeu sous-régional, voire continental, que revêt le processus ivoi-rien, l'attitude de la France prend une forte dimension. Le ministre ivoirien de .l'Intérieur, Léon Konan Koffi, ne s'y est pas trompé qui, après avoir dénoncé à la télévision " les bandes fanatisées de M Gbagbo » (sic) n'a pas hésité, non sans outrecuidance, à rappeler « aux amis français qui le soutiennent /'exem-ple de François Mitterrand» ( élu à sa 3•me tentative NDLR.). Faut-il souligner que, jusque-là, le Parti socialiste s'est surtout· limité, dans son soutien, àu prudent domaine du verbe et que l'Etat français -Léon Konan Koffi, dignitaire de l'ex-parti unique ne semble pouvoir distinguer les deux -et son plus haut responsable ont jusqu'à ce jour fait peuve d'une grande compréhension, frisant la complaisance, envers le vieil autocrate. Continuer ou non à entrete-nir ceux qui ont incarnè l'arbitraire, c'est bien pour Paris le fond du pro-blème.


                                                                                                                                                                              Guy LABERTIT